Mon père, mon ex et Walker Texas Ranger


Comment j’ai trouvé le sommeil, je n’en sais foutre rien. Sûr que ça ne s’est pas passé dans une chambre vu la position hybride dans laquelle je me trouve quand j’émerge en sursaut. On dirait un salon enfoncé dans la terre, une espèce d’abri anti-existence avec de la neige sur un petit écran prolongé d’un tube cathodique comme on n’en fait plus depuis 30 ans. Une lumière verdâtre dont la source reste à définir.

On dirait bien que ce réveil n’est pas fortuit. Les coups à la porte se sont arrêtés mais je suis certain qu’il y en a eu, et pas le genre d’impacts prodigués avec tendresse, frappés par quelqu’un qui souhaiterait te faire dégonder sans que tu prennes la peine de t’éveiller, un subtil tour de force censé t’extraire du sommeil juste ce qu’il faut pour activer la motricité-zombie nécessaire au déverrouillage de la porte mais trop insuffisant pour te permettre d’envisager le moindre phonème du genre « C’est à c’t’heure-ci que tu rentres ? ». Bon, la porte est ouverte de toute façon et personne n’envisage d’en rester là…

Me voilà transféré à la porte en compagnie de trois personnes : j’ai nommé le frappeur et, manifestement, deux résidents. Je reviendrai sur les résidents. Dans l’ordre de mes préoccupations, celles consistant à comprendre ce que je fous là, comment je me suis endormi, comment je me suis réveillé précèdent de loin le pourquoi de tout ce daoua. Bien sûr il fait grand nuit, je dirais qu’il est quelque chose comme 3h47 mais ça reste à vérifier. Il s’est bien passé quelque chose là dehors. La voiture a disparu ? Pas certain qu’elle était garée là. Pas certain du tout. D’ailleurs de quelle voiture parle-t-on ?

Le mec du dehors, c’est Walker Texas Ranger déguisé façon trappeur canadien avec lampe torche, beau chapeau et sans doute à portée de main (mais non visible à l’écran), sa bite et son couteau. Il explique dans un français impeccable (la scène semble doublée en live et en réalité augmentée et il faut avouer que ça fonctionne impeccablement). Pouf pouf. Il explique dans son français impeccablement augmenté qu’on est arrivé trop tard, qu’on « les » cherche dans le périmètre mais que bon, on ne va pas déclencher le plan grand froid non plus pour si peu. Non plus pour si peu. Ok. Je ne sais pas de qui on parle anyway. Alors quoi, simple visite de courtoisie ? Walker Texas Ranger frappe à une porte à 346 ou 7 pour taper le bout de steak alors qu’il y a zéro tracas ? Et tout le monde trouve ça normal ? Fort bien…

Tournons-nous vers les deux résidents (visiblement ceux qui m’accueillent). Ils n’ont pas trop l’air inquiet non plus. Sortis du lit par un matamore vaguement télégénique et pas du tout surpris inquiets-fâchés par la présence de Walker Texas Ranger à leur porte à une heure si imbue d’elle-même. Limite c’est une bonne surprise alors que je miserais ma bonne fortune qu’il ne connaisse pas ce vénérable US barbu. Le mec, c’est mon père. Je trouve qu’il rayonne pas mal pour son âge, il a l’air vraiment relax et je me demande ce que ça doit donner quand on le croise à un moment standard de la journée, ça doit être quelque chose comme spectaculaire. La dernière fois que je l’avais vu, il était triste et amer, plus au bout du rouleau qu’au début de la pâte à tarte, il était sans vie. Peut-être même bien qu’il était mort…

La nana, c’est une petite blonde qui n’a en théorie rien mais rien de rien non je ne regrette rien à faire ici, sa seule présence pourrait presque faire croire à un exercice de caméra cachée pour une émission de TV réalité au pitch à jamais indéchiffrable, une expérience quantique mettant à mal la théorie de l’espace et du temps via une grosse pincée de n’importe-quoi, peut-être même encore à une simple et belle provocation dont le but manifeste serait de me faire péter un câble pour de bon et come back to my plane fissa direction Paris tellement zis is a provocation. Car cette nana, je la connais bien sûr, on a même été un petit peu ensemble il y a quelques années. Une histoire qui a basculé dans le sordide le temps de mettre un homme à la mer. Le genre de souvenir-visage-parfum auxquels précisément on refuse toujours l’entrée, même quand ils insistent et se pointent en force. No pasaran et c’est no négociable.

Putain, elle aurait pu prendre la peine d’enfiler un bas de survêtement : la voir ainsi en petite culotte a quelque chose de tragique à ce moment précis. Elle est toujours pas mal, cette petite dévergondée. Mais bon, tout ça encore, ça passe, CA POURRAIT ALLER à l’extrême rigueur. Je pourrais presqu’envisager de me rendormir avec un demi stilnox étalé sur une tranche de lexomil. Mais elle est pendue au cou de mon père. Elle. Est. Pendue. Au. Cou. De. Mon. Père. Elle lui fait des b.i.s.o.u.s. Elle s’en cogne du (relatif) bordel ambiant, ce qu’elle veut c’est retourner au lit avec mon r.e.u.p qui donne l’impression de vivre le truc avec un mélange de coolitude et de détâchement que je ne lui connaissais pas de son vivant.

Ah le salaud. Ah les salauds. Ah, misère de cette vie punitive à souhait.

Quand je regagne une sorte de vraie chambre, je découvre un lit préparé sur lequel elle a déposé deux jeans sortis de nulle armoire et dont je me rappelais à peine ainsi qu’une paire de shoes idemement égarée dans mes souvenirs. On peut dire qu’elle y a mis plus de soin que la dernière fois où elle m’avait laissé quelque chose sur un lit : une poignée de dollars jetés sur l’édredon et une photo de nous deux mise en miettes par ses soins. Quelque part dans les Caraïbes.

Bref, il est plus que temps de se réveiller. Pour de vrai cette fois-ci.

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